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Accueil Société

L’Afrique, fille aînée de l’Église catholique

par Amessée BRIAND
21 juillet 2026
in Société
Messe au stade de Bangui en République centrafricaine lors de la visite du pape François en Afrique en 2015. La religion ne concerne pas que les âmes, c’est aussi un enjeu économique.
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La religion n’est pas qu’un secours spirituel ou une réponse aux grandes questions existentielles…

C’est une institution mondiale aux retombées économiques monumentales, c’est-à-dire un « business », soumis, comme les autres, à une concurrence impitoyable. Avec la mondialisation, il est devenu plus puissant que jamais et, comme les nouveaux fidèles sont en Afrique… les papes s’y rendent de plus en plus !

Depuis plusieurs décennies, les premières déclarations d’un pape nouvellement élu portent sur l’Afrique, et ses premiers voyages à l’étranger incluent le continent.
Les raisons de cet engouement papal sont multiples. Elles suivent d’abord la logique du message de Jésus-Christ, qui se préoccupait des plus vulnérables. Elles portent aussi sur l’intérêt de plus en plus évident du Vatican pour le continent, qui compte désormais la plus grande fraction de fidèles au monde.
Dans un monde où les organisations confessionnelles se disputent un marché de plus en plus compétitif, il est essentiel, pour les grands leaders des religions révélées, d’aller s’attirer les faveurs des plus grandes couches de population. L’Afrique est le lieu privilégié des papes, parce que la religion est aussi un « business » !

Le continent qui compte désormais la plus grande fraction de fidèles au monde.

Écrire que la « religion est un business » ne vise pas à réduire la religion à une simple activité marchande, mais à mettre en lumière les logiques organisationnelles, stratégiques et concurrentielles qui structurent certaines institutions religieuses.

LA RELIGION À L’HEURE DE LA MONDIALISATION

Il existe également de nouvelles approches contemporaines des ordres confessionnels, qui insistent sur la professionnalisation et la médiatisation du religieux. Dans un contexte de mondialisation et de transformation des technologies de communication, de nombreuses organisations religieuses adoptent des stratégies marketing, utilisent les médias numériques et diversifient leurs sources de financement.
Cette évolution renforce l’idée d’une « économie religieuse », où la gestion, la visibilité et la compétitivité jouent un rôle central. Au final, envisager la religion comme un business ne signifie pas nier sa dimension spirituelle, mais plutôt reconnaître qu’elle s’inscrit aussi dans des logiques sociales et économiques.
Les différents cadres théoriques permettent de saisir la complexité de ce phénomène, en articulant croyances, institutions et pratiques dans une analyse multidimensionnelle.

Le « International Gospel Center » de Warri au Nigeria. Les millions de fidèles sont un marché énorme pour la religion.
CONTRASTE AVEC LES CROYANCES SYNCRÉTIQUES ANCIENNES

Et l’Afrique dans ce marché ? Sur le continent, la religion se caractérise par une diversité historique et une dynamique d’évolution particulièrement marquée. Avant les influences extérieures, le continent était structuré autour des religions dites traditionnelles africaines, fondées sur le culte des ancêtres, la sacralité de la nature et une vision holistique du monde.
Ces systèmes religieux, encore présents aujourd’hui sous des formes souvent syncrétiques, ont profondément façonné les structures sociales et politiques.

L’EXPANSION DE L’ISLAM APRÈS LE VIIe SIÈCLE

À partir du VIIe siècle, l’expansion de l’islam transforme durablement le paysage religieux, notamment en Afrique du Nord et dans le Sahel. Aujourd’hui, l’islam représente environ 45 % de la population africaine, avec une forte concentration dans ces régions.

Au XIXe siècle, la colonisation européenne s’accompagne d’une diffusion massive du christianisme, qui connaît une croissance rapide. En Afrique subsaharienne, celui-ci est devenu la religion majoritaire, regroupant environ 63 % de la population, contre 30 % pour l’islam.

LE CHRISTIANISME, FRUIT DE LA COLONISATION

Le christianisme africain se distingue par une grande pluralité interne. Les Églises protestantes et évangéliques représentent une part importante et dynamique, tandis que les Églises indépendantes africaines témoignent d’une appropriation locale du religieux. Dans cet ensemble, l’Église catholique occupe une place significative, mais non dominante. Elle regroupe environ 18 % de la population africaine, soit près de 280 millions de fidèles selon des données récentes. Sa croissance est soutenue : le nombre de catholiques a augmenté plus rapidement que la population au cours de certaines périodes, illustrant son dynamisme démographique.

Historiquement, l’Église catholique s’est implantée par les missions coloniales, souvent liées aux structures administratives européennes. Toutefois, elle a progressivement évolué vers une africanisation de ses cadres et de ses pratiques. Cette transformation s’observe dans la montée du clergé africain, l’adaptation des liturgies et l’intégration de certaines références culturelles locales.

L’Église catholique s’est implantée en Afrique par les missions coloniales liées aux structures administratives européennes.

L’AFRIQUE, ACTEUR MAJEUR DU CHRISTIANISME

Malgré cela, elle reste confrontée à la concurrence des Églises évangéliques, souvent plus flexibles et mieux adaptées aux attentes sociales contemporaines.
Une chose est claire, cependant : l’Afrique est aujourd’hui un centre majeur du christianisme mondial. Environ 31 % des chrétiens du monde vivent sur le continent, ce qui en fait la première région chrétienne en termes démographiques.
Le continent est donc la fille aînée de l’Église catholique, tout en demeurant un espace de pluralité religieuse, marqué par la compétition, l’innovation et la forte vitalité des croyances. Les papes ont bien raison de s’y rendre chaque fois qu’ils le peuvent.

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