Au Cameroun, comme ailleurs, c’est le 8 mars que sont célébrés les droits des femmes. Toutefois,…
la journée du 20-Mai constitue une seconde opportunité, chaque année, de mettre en valeur leur contribution à la vie et à l’essor de la nation camerounaise. Leur omniprésence, dans les défilés civil et militaire, illustre l’importance que le président Biya accorde, depuis 1982, à la promotion de la cause des femmes et à leur place dans la société camerounaise.
Dans les années 1960 et 1970, l’ancien président et poète sénégalais Léopold Sédar Senghor fut l’un des théoriciens de la négritude, qu’il définissait comme « l’ensemble des valeurs culturelles du monde noir ». Il y voyait le moyen d’affirmer et de défendre l’humanité des peuples d’Afrique et d’origine africaine.
Dans les années 1980 et 1990, l’écrivain nigérian Wole Soyinka, lauréat du prix Nobel de littérature en 1986, opposa à cette démarche une approche plus offensive, résumée en une phrase choc : « Un tigre ne proclame pas sa tigritude. Il attrape sa proie et la dévore ! ». Autrement dit, les actes parlent davantage que les slogans. Agir dans son intérêt est le meilleur moyen de le faire respecter par les autres.
DE LA PAROLE ET DES ACTES
Au Cameroun, le féminisme a longtemps fait l’objet de ce débat entre la parole et l’action. Faut-il en parler constamment dans les discours officiels afin de sensibiliser les populations à l’importance des droits des femmes ? Ou faut-il, au contraire, mettre l’accent sur des décisions et des actes qui traduisent concrètement les idéaux d’égalité et de promotion sociale que l’on entend défendre ?
Le président Paul Biya est un orateur fin et subtil qui connaît bien le potentiel du langage lorsqu’il est utilisé à bon escient. Mais le chef de l’État camerounais rechigne à se donner trop souvent en spectacle dans le registre des déclamations et de la faconde. Il préfère la puissance silencieuse des décisions et des actes forts. Féministe fier et assumé, il ne se contente pas de le proclamer. Il choisit plutôt de saisir toute occasion de faire progresser la cause des femmes et de la valoriser.
AU-DELÀ DU 8 MARS
C’est ainsi qu’il a décidé que ses quelque quinze millions de compatriotes de sexe féminin doivent être célébrées lors de chaque fête nationale. Certes, il y a le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes. C’est la date où la société camerounaise s’arrête pour réfléchir à la condition féminine, en revenant sur les inégalités persistantes, les combats menés, les chantiers ouverts et les progrès accomplis.
C’est une journée de revendication, de mémoire et de projection. Elle a sa légitimité propre, son histoire et ses rituels. Mais elle n’est pas la seule journée où les femmes camerounaises existent pleinement dans l’espace public. Il en est une autre, moins souvent mise en avant et pourtant tout aussi révélatrice de l’engagement féminin dans la nation : le 20 mai, Fête de l’Unité nationale.
LES FEMMES OMNIPRÉSENTES DANS LES CÉLÉBRATIONS
Cette autre journée n’est pas explicitement dédiée aux femmes. Elle célèbre le référendum du 20 mai 1972 qui a transformé la République fédérale du Cameroun en État unitaire. Cependant, dans la réalité vécue du défilé, des manifestations culturelles, des chorales, des associations de quartier qui préparent les festivités depuis des semaines, des mères qui habillent leurs enfants en vert-rouge-jaune le matin du 20 mai, des enseignantes qui organisent les carrés de leurs élèves, des femmes d’élite qui siègent dans les tribunes officielles, les femmes camerounaises sont omniprésentes.
Leur présence n’est pas décorative : elle est constitutive. Sans elles, le 20 mai n’aurait ni la chaleur, ni la profondeur culturelle, ni la continuité intergénérationnelle qui en font une fête nationale au sens plein du terme.
Le défilé du 20 mai est une scène où les femmes sont devenues, au fil des années, plus visibles, plus nombreuses et mieux représentées. Cette évolution reflète celle de la place des femmes dans les institutions camerounaises.
LES CARRÉS FÉMININS DE LA GENDARMERIE NATIONALE
Dans sa composante militaire, la présence féminine au défilé illustre les bouleversements récents et la place grandissante des femmes dans les forces armées. Lors du 20 mai 2023 — 51e Fête nationale célébrée à Yaoundé —, le défilé à pied de la gendarmerie nationale comprenait un carré drapeau et sa garde constituée de six personnels féminins, ainsi qu’un carré féminin explicitement dédié à la promotion de la place de la femme dans les forces de défense.
Ces deux carrés n’étaient pas un ornement : ils signalaient que l’institution militaire reconnaît publiquement l’engagement des femmes et leur volonté d’aller jusqu’au sacrifice suprême pour la patrie.
La police nationale disposait aussi de son propre carré féminin — corps d’inspectrices et de gardiennes de la paix dont la formation au Centre de perfectionnement de la police a été progressivement intégrée dans les effectifs défilants.
DES MILLIERS DE FEMMES DANS LE DÉFILÉ CIVIL
Dans la composante civile — qui rassemble entre 4 500 et 6 000 participants selon les années —, les femmes constituent une majorité visible des carrés du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, parti au pouvoir), des partis d’opposition représentés au Parlement, des associations féminines, des mouvements de jeunesse mixtes et des délégations régionales.
Les comptes rendus des fêtes nationales de 2023, 2024 et 2025, publiés sur le site officiel de la présidence de la République, décrivent systématiquement la présence de milliers de femmes et d’hommes dans le défilé civil comme l’expression de l’unité nationale dans sa diversité. Les jeunes femmes des lycées et des universités — présentes dans tous les carrés scolaires et estudiantins — constituent, en termes de nombre brut, la composante la plus nombreuse du défilé civil camerounais.
LES FEMMES DAVANTAGE PRÉSENTES DANS LES INSTITUTIONS
Pour comprendre l’importance croissante de la place des femmes au défilé du 20-Mai, il faut analyser leur place dans les institutions qui donnent à la fête son cadre politique. Les chiffres disponibles sur la représentation féminine dans les institutions camerounaises dessinent un tableau contrasté : des avancées réelles, des plafonds persistants et des inégalités sectorielles significatives.
Au Parlement camerounais, la progression est documentée et réelle. Lors des élections législatives de 2020, un tiers des sièges à l’Assemblée nationale ont été remportés par des femmes — soit 61 femmes sur 180 députés. Au Sénat, le nombre de sénatrices est passé de 21 en 2013 à 33 à l’issue des élections sénatoriales de 2023. Ces chiffres placent le Cameroun dans la moyenne africaine subsaharienne (26 % de représentation féminine dans les parlements africains en 2025 selon l’Union interparlementaire) et nettement au-dessus de la moyenne mondiale dans le domaine spécifique de la représentation sénatoriale féminine.
UNE FEMME PREMIÈRE VICE-PRÉSIDENTE DU SÉNAT
La nomination de Naomie Begala Mikel épouse Akono — sénatrice de la région de l’Est, diplomate de carrière et docteure en relations internationales — comme première vice-présidente du Sénat le 17 mars 2026 constitue le marqueur institutionnel le plus récent et le plus fort de cette progression : pour la première fois dans la brève histoire du Sénat camerounais (créé par la Constitution de 1996, il n’a été mis en place qu’en 2013), la première vice-présidence — poste chargé d’assurer la suppléance du président du Sénat — est occupée par une femme.
UN MINISTÈRE EXCLUSIVEMENT DÉDIÉ À LA CAUSE DES FEMMES
Au gouvernement, la situation est plus inégale et le président Paul Biya a promis d’y remédier. Les femmes représentent moins de 10 % des postes de direction dans l’exécutif selon les données du Nkafu Policy Institute de Yaoundé, et elles sont plus fréquemment nommées aux ministères sociaux — Promotion de la Femme et de la Famille, Santé, Éducation de base, etc. — qu’aux portefeuilles régaliens. Cette distribution sectorielle, qui n’est pas propre au Cameroun mais reflète une réalité mondiale, montre que la parité formelle reste un horizon à atteindre.
Il n’en reste pas moins que l’existence, depuis 1984, d’un ministère spécifiquement dédié à la promotion de la femme et de la famille montre que la question féminine est reconnue comme une priorité de politique publique par le gouvernement camerounais depuis plus de quarante ans.
UNE POLITIQUE DU GENRE ASSUMÉE
La Politique nationale genre, adoptée pour la période 2011-2020 sur instructions de Paul Biya, et la Stratégie nationale de lutte contre les violences basées sur le genre 2012-2026 constituent le cadre normatif dans lequel s’inscrit l’engagement de l’État camerounais pour l’égalité de genre.
Le Plan d’action national sur la résolution 1325 des Nations unies, sur la thématique « Femmes, paix et sécurité » (2022-2026), affirme en outre que les femmes sont reconnues non seulement comme bénéficiaires de la paix, mais aussi comme actrices de sa construction — ce qui rejoint directement la signification du 20-Mai comme fête de la cohésion nationale.





